Comment faire entrer un rouleau médiéval dans le monde numérique ?


Pourquoi une chercheuse parcourt-elle aujourd’hui la France pour dérouler des parchemins vieux de plusieurs siècles ?

Des réserves patrimoniales aux plateformes numériques, Éléonore Venturelli étudie les rouleaux médiévaux pour mieux les décrire, les comprendre et les rendre accessibles aux chercheurs comme au grand public.

Ses recherches l’ont menée jusqu’à la Médiathèque Jacques-Chirac, qui conserve un rouleau des morts datant du XVe siècle.

Accessible en ligne depuis plusieurs années, ce parchemin de huit mètres de long semble, à première vue, avoir livré tous ses secrets. Pourtant, l’étude de sa matérialité continue de révéler des informations que la numérisation seule ne permet pas de percevoir.

Car derrière ce rouleau conservé dans la réserve précieuse de la médiathèque se cache une question très contemporaine : comment faire entrer un objet médiéval vieux de près de six siècles dans le monde numérique ?

Entre patrimoine, recherche et science ouverte, l’étude de ce document contribue aujourd’hui à construire les outils qui permettront demain de mieux identifier, partager et valoriser un patrimoine encore largement méconnu : celui des rouleaux médiévaux.

Une enquête qui nous emmène du Moyen Âge aux bibliothèques numériques du XXIᵉ siècle.

Des manuscrits faits pour voyager

Imaginez six tables alignées dans la Grande Salle de la Médiathèque Jacques-Chirac. Sur toute leur longueur se déploie un fragile rouleau de parchemin vieux de près de six siècles.

Autour de lui, l’équipe patrimoine s’affaire aux côtés d’Éléonore Venturelli, venue spécialement à Troyes pour l’étudier. Ensemble, ils déroulent avec précaution ce document long de plusieurs mètres afin d’en permettre son observation. Une scène spectaculaire qui rappelle que les manuscrits médiévaux ne prenaient pas tous la forme de livres.

Docteure en histoire médiévale et ingénieure d’étude pour le projet OpenRotuli, Éléonore Venturelli consacre ses recherches à un objet aussi original que méconnu : les rouleaux médiévaux.

Dans l’imaginaire collectif, le Moyen Âge évoque les manuscrits enluminés. Pourtant, pendant plusieurs siècles, le codex, c’est-à-dire le livre relié, a coexisté avec une autre forme documentaire aujourd’hui bien moins connue : le rouleau, ou rotulus.

Constitué de feuilles assemblées les unes à la suite des autres, le rouleau se distingue du livre par sa forme continue et se déroule au fur et à mesure de la lecture.

« Dans l’imaginaire, le codex est associé à l’écrit, à l’étude personnelle et à la lecture silencieuse, tandis que le rouleau est plutôt lié à l’oralité et à l’itinérance. (…) lorsqu’on imagine un troubadour ou un messager, il déroule un long parchemin vertical, commençant son discours par « Oyez ! » », résume Éléonore Venturelli.

Cette image populaire n’a rien d’un hasard. Si le rouleau accompagne si naturellement le messager ou le troubadour, c’est parce que sa forme répond parfaitement aux besoins d’un document destiné à voyager.

Léger, facilement transportable et surtout extensible, il suffit d’ajouter une nouvelle feuille pour le prolonger ou, au contraire, d’en retirer une partie pour le raccourcir. Là où le livre reste figé dans sa reliure, le rouleau s’adapte aux besoins de son utilisateur.

On l’utilise ainsi pendant plusieurs siècles pour des inventaires, des comptes, des archives administratives ou encore des textes appelés à circuler. Certains atteignent plusieurs dizaines de mètres.

Parmi la grande diversité des rotuli, les rouleaux des morts occupent une place particulière.

Produits à l’occasion du décès d’un personnage important d’une communauté religieuse, ils circulent de monastère en monastère afin de recueillir des prières pour le salut de son âme. Chaque établissement visité ajoute alors un court texte attestant que les prières demandées ont bien été célébrées.

« La logique des rouleaux mortuaires est d’aller quérir des prières supplémentaires pour l’âme des défunts dans des abbayes voisines, amies, affiliées ou lointaines. C’est une logique d’accumulation », explique Éléonore Venturelli.

La chercheuse rappelle que « la mémoire des défunts est cruciale au Moyen Âge, car elle bâtit la mémoire de la communauté des vivants ».

Bien plus que de simples listes de prières, les rouleaux des morts participent ainsi à la construction de la mémoire collective des communautés religieuses. Au fil de leur voyage, chaque nouvelle inscription enrichit le document et témoigne des liens tissés entre les établissements.

Pour les historiens, ces rouleaux constituent aujourd’hui de précieuses sources pour reconstituer les réseaux religieux médiévaux.

« Quand les titres sont datés, on peut retracer l’itinéraire exact du messager au jour le jour, calculer sa vitesse, le nombre d’arrêts ou ses jours de pause », précise Éléonore Venturelli.

Les parcours s’étendent parfois sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres. Ils révèlent une Europe médiévale bien plus connectée qu’on ne l’imagine souvent, où les hommes, les informations et les pratiques circulent continuellement d’une abbaye à l’autre.

Dérouler huit mètres de parchemin

Le rouleau des morts conservé dans la Réserve précieuse de la Médiathèque a tout d’un trésor médiéval.

Dès les premières feuilles, de riches enluminures rappellent qu’il ne s’agit pas d’un simple document, mais d’un objet conçu pour impressionner autant que pour transmettre. Long de près de huit mètres et réalisé entre 1439 et 1441, ce document n’est presque jamais déployé dans son intégralité car sa fragilité impose de limiter au maximum les manipulations.

Pour Éléonore Venturelli, la consultation de l’original constitue une étape essentielle. Formée à la codicologie, la discipline qui étudie les manuscrits comme objets matériels, elle s’intéresse autant au texte qu’au support lui-même.

« Je m’interrogeais sur le choix de cette forme, sur ses atouts et ses inconvénients en comparaison au codex, sur sa confection matérielle », explique-t-elle.

Très tôt, la chercheuse s’est passionnée pour ces documents qui échappent aux catégories habituelles de l’histoire du livre. Cette curiosité l’a naturellement conduite à rejoindre OpenRotuli, un projet de recherche mené en partenariat avec l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (IRHT) et les Archives Henri-Poincaré de l’Université de Lorraine. Son objectif : mieux identifier, décrire et rendre accessibles les milliers de rouleaux médiévaux encore conservés dans les bibliothèques et les services d’archives.

Le rouleau conservé à Troyes mérite une attention particulière. Produit à l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon, il impressionne autant par ses dimensions et son décor enluminé que par son remarquable état de conservation. Mais l’histoire du rouleau de Troyes réserve une surprise.

« L’objet que nous avons sous les yeux est le résultat de la réunion de deux rouleaux mortuaires », souligne Éléonore Venturelli.

Les premières feuilles appartenaient à un rouleau plus ancien, qui circula entre 1420 et 1422 pour commémorer un défunt dont l’identité demeure inconnue. Une vingtaine d’années plus tard, ses deux dernières feuilles furent réemployées pour confectionner un nouveau rouleau célébrant la mémoire de deux abbés de Saint-Bénigne. Une pratique qui témoigne à la fois de la valeur symbolique de ces documents et du coût élevé du parchemin à la fin du Moyen Âge.

L’étude du rouleau apporte également un éclairage sur les transformations qu’il a connues au fil des siècles.

« Puisque j’étudie la matérialité des rouleaux, j’ai été particulièrement intéressée par la restauration des assemblages », explique-t-elle.

Au cours des siècles suivants, les anciennes coutures reliant les feuilles ont été retirées et remplacées par des collages. Un ombilic, une baguette de bois permettant d’enrouler le document, a été ajouté tandis que les tranches ont été rehaussées d’une peinture rouge.

Selon la chercheuse, ces interventions remontent probablement à l’époque moderne, entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, alors que le document était encore conservé à l’abbaye Saint-Bénigne.

Ces restaurations témoignent du soin apporté à sa conservation, mais aussi du statut particulier de l’objet. « C’était un document d’apparat, à la gloire des abbés bien sûr, mais surtout de l’abbaye Saint-Bénigne », souligne Éléonore Venturelli.

Bien plus qu’un support destiné à recueillir des prières, ce rouleau constituait un véritable objet de prestige. Les restaurations successives dont il fit l’objet témoignent de l’importance symbolique qu’il conserva bien après avoir cessé de circuler.

On peut imaginer qu’il était présenté à des visiteurs de marque, tels que des évêques, des princes ou des dignitaires ecclésiastiques. Sa présentation permettait d’affirmer le rayonnement de l’abbaye Saint-Bénigne et les liens qu’elle entretenait avec de nombreuses communautés religieuses.

Ce que l’écran ne montre pas : l’enquête commence avec l’original

À l’heure où des millions de documents patrimoniaux sont accessibles en quelques clics, une question revient souvent : pourquoi continuer à consulter les originaux ?

Pour Éléonore Venturelli, la réponse est simple : la numérisation donne accès au texte et à l’image, mais elle ne restitue qu’une partie de l’objet.

« Bien souvent, les numérisations ne permettent pas vraiment de comprendre la matérialité de l’objet. En tant que codicologue, on a besoin de voir la coloration de la feuille de parchemin », explique-t-elle.

Car un rouleau médiéval n’est pas seulement un texte. C’est aussi un objet fabriqué, manipulé, réparé et transformé au fil des siècles. Pour le codicologue, l’observation de l’original ressemble parfois à une véritable enquête. Chaque couture, perforation, pli ou variation de couleur devient un indice permettant de reconstituer l’histoire de l’objet.

Des éléments parfois imperceptibles. Ainsi, en observant de minuscules perforations, la chercheuse a pu confirmer que les différentes parties du rouleau avaient autrefois été cousues avant d’être restaurées.

« J’ai aussi remarqué des piqûres autour des peintures qui ouvrent le rouleau. On peut dès lors en déduire qu’au cours de son histoire, elles étaient protégées par un tissu », explique-t-elle.

Pris isolément, ces détails pourraient sembler anecdotiques. Mis en regard les uns des autres, ils permettent pourtant de reconstituer la vie du document : comprendre sa fabrication, identifier les transformations qu’il a connues et retracer son parcours à travers les siècles.

L’étude de l’original révèle ainsi une histoire que la numérisation ne peut montrer seule : celle de la vie matérielle du document. Au-delà du texte, apparaissent sur le parchemin les gestes des artisans, les interventions des restaurateurs et les usages successifs qui ont permis à ce témoin du Moyen Âge de parvenir jusqu’à nous.

On comprend alors pourquoi la consultation de l’original reste indispensable. La numérisation ouvre l’accès aux documents, mais l’observation directe permet, elle, d’en révéler toute l’épaisseur historique et matérielle.

Parler le même langage pour décrire les rouleaux

Le rouleau des morts conservé à la Médiathèque Jacques-Chirac est aujourd’hui parfaitement identifié et accessible en ligne grâce aux campagnes de numérisation menées dans le cadre du label Bibliothèque numérique de référence (BnR). Mais ce n’est pas toujours le cas.

Malgré les efforts engagés par les bibliothèques patrimoniales, les rouleaux médiévaux demeurent, paradoxalement, encore largement méconnus.

« Le problème des rouleaux, c’est le recensement », résume Éléonore Venturelli.

Contrairement aux manuscrits reliés, les rouleaux n’ont jamais fait l’objet d’un inventaire global. Beaucoup ont été pliés, découpés, réemployés dans des reliures ou conservés sans que leur forme particulière soit signalée dans les catalogues. Certains ont même perdu leur apparence d’origine au fil des siècles.

« Les médiévaux eux-mêmes ont récupéré des éléments détachés pour les recycler. Le parchemin coûte cher, donc on lui donne une seconde vie », rappelle la chercheuse.

Cette dispersion complique le travail des chercheurs. Comment retrouver un rouleau dispersé parmi des milliers de collections ? Et comment comparer des objets lorsque chaque institution les décrit avec son propre vocabulaire ?

C’est pour répondre à ces questions qu’est né le projet OpenRotuli.

Porté dans le cadre de Biblissima+, il réunit historiens, spécialistes des manuscrits et experts du numérique autour d’un objectif commun : développer des outils permettant de mieux décrire les rouleaux médiévaux et de faciliter leur repérage.

L’un des chantiers majeurs concerne la création d’un thésaurus spécialisé.

« Un thésaurus, c’est un vocabulaire structuré », explique Éléonore Venturelli. « On établit des liens entre les termes, on les hiérarchise. Dans la catégorie des assemblages, on distingue par exemple le collage et la couture, puis différents types de couture ».

Derrière ce travail de vocabulaire se cache un enjeu simple mais essentiel. Aujourd’hui, un même élément peut être désigné différemment selon les institutions ou les chercheurs. En proposant des définitions communes, OpenRotuli fait parler le même langage aux chercheurs, bibliothécaires et archivistes. Une condition indispensable pour comparer les rouleaux, croiser les données et mener des recherches à grande échelle.

Le projet développe également une méthode commune pour décrire les rouleaux. Dimensions, matériaux, assemblages, état de conservation ou traces d’usage sont relevés de manière systématique puis transformés en métadonnées, c’est-à-dire en informations structurées réunies dans une base de données consultable en ligne.

« Nous avons mis au point une marche à suivre pour décrire les rouleaux à partir d’observations visuelles et de mesures. Ces données alimentent ensuite des fiches consacrées à chaque objet », précise la chercheuse.

Les logiciels développés dans le cadre d’OpenRotuli sont en open source : leur code est librement accessible et peut être réutilisé, adapté ou amélioré par d’autres équipes. Le thésaurus, les méthodes de description et les métadonnées suivent la même logique : ils sont conçus pour être partagés, enrichis et réutilisés par les bibliothèques, les archives et les chercheurs.

À terme, Éléonore Venturelli espère que ces outils permettront de mieux repérer les rouleaux conservés dans les collections patrimoniales et de faire émerger de nouvelles recherches.

« J’espère que les chercheurs s’approprieront le vocabulaire sur lequel nous avons travaillé », confie-t-elle.

Au-delà des outils eux-mêmes, l’ambition est de construire une ressource collaborative, évolutive et durable, capable d’accompagner les recherches futures et de redonner toute leur place à ces documents longtemps restés dans l’ombre des manuscrits reliés.

Car les rouleaux médiévaux ne racontent pas seulement le Moyen Âge. Ils révèlent aussi la manière dont les sociétés conservent, font circuler et réinventent leurs modes de transmission de l’information. Une question qui, six siècles plus tard, demeure étonnamment actuelle.

Dérouler le Moyen Âge pour construire les bibliothèques numériques de demain

Autrefois transportés par des messagers de monastère en monastère, les rouleaux poursuivent aujourd’hui leur voyage sous forme d’images numériques, de données et de métadonnées, circulant entre bibliothèques patrimoniales, services d’archives et plateformes de recherche.

Pour Éléonore Venturelli, faire entrer les rouleaux médiévaux dans le monde numérique ne consiste pas seulement à les numériser, mais à imaginer les outils qui permettront demain de mieux les consulter, les partager, les comparer et les étudier.

« Tous les chercheurs ambitionnent que les résultats auxquels ils sont parvenus servent à d’autres, pour des recherches futures et améliorer notre connaissance du passé », explique-t-elle.

À la Médiathèque Jacques-Chirac, les campagnes de numérisation rendent accessibles de nombreux documents patrimoniaux. Les rouleaux médiévaux posent toutefois un défi particulier. Si leur numérisation demeure une opération délicate en raison de leur fragilité, elle est aujourd’hui bien maîtrisée par les bibliothèques patrimoniales et les professionnels spécialisés.

Le véritable défi consiste désormais à concevoir des outils capables de restituer fidèlement leur mode de lecture. Les interfaces numériques ont en effet été principalement pensées pour des documents de type codex, c’est-à-dire des livres manuscrits ou imprimés organisés en pages successives. Les rouleaux y sont généralement consultables sous la forme d’une succession d’images, à la manière des pages d’un livre. Celui conservé dans la réserve précieuse n’échappe pas à cette logique.

« On aimerait notamment pouvoir scroller un rouleau de façon continue », explique la chercheuse.

Pour y répondre, OpenRotuli élabore un guide de bonnes pratiques destiné aux bibliothèques et aux services d’archives. En s’appuyant notamment sur le protocole IIIF, déjà utilisé par la Médiathèque Jacques-Chirac, le projet définit une manière commune de numériser, de séquencer et de décrire les rouleaux médiévaux. Un travail invisible pour le grand public, mais essentiel, puisqu’il pose les fondations sur lesquelles pourront être développées, à terme, des interfaces capables de restituer plus fidèlement la lecture continue de ces documents.

Au-delà des rouleaux médiévaux, ces travaux ouvrent la voie à des bibliothèques numériques capables de mieux restituer la diversité des formes documentaires conservées dans les collections patrimoniales.

Cette transformation ne concerne d’ailleurs pas seulement les outils. Elle s’accompagne d’un profond renouvellement des recherches consacrées aux rouleaux médiévaux. Longtemps restés dans l’ombre des manuscrits reliés, ils suscitent aujourd’hui un intérêt croissant et mobilisent des spécialistes issus de disciplines très diverses.

C’est aussi ce qui explique pourquoi Éléonore Venturelli parcourt aujourd’hui les bibliothèques et les services d’archives de France et d’Europe. Dérouler un rouleau médiéval de plusieurs mètres, souvent fragile et rarement manipulé, représente une opération exceptionnelle. Mais chaque observation réalisée sur l’original peut révéler des informations inédites qui viendront enrichir les outils, les méthodes et les connaissances partagés par l’ensemble de la communauté scientifique.

Parmi les projets qui témoignent de ce regain d’intérêt figure TITULI, porté par l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Les chercheurs y étudient la matérialité des rouleaux, leurs itinéraires de circulation, ainsi que la composition chimique de leurs encres. Ces analyses permettent de retracer l’histoire des documents, de distinguer les différentes étapes de leur rédaction et d’identifier les restaurations qu’ils ont connues.

À travers OpenRotuli, TITULI et d’autres projets, les rouleaux médiévaux ne sont plus seulement des objets patrimoniaux : ils deviennent un terrain de collaboration entre historiens, conservateurs, spécialistes du numérique, chimistes et professionnels du patrimoine. Ensemble, ils construisent les méthodes, les standards et les bibliothèques numériques qui permettront à ces témoins du Moyen Âge de continuer à circuler, cette fois dans le monde numérique.

Du parchemin à la science ouverte

À travers le rouleau des morts conservé à la Médiathèque Jacques-Chirac, c’est toute la richesse des rouleaux médiévaux qui se révèle.

Témoins de pratiques religieuses, de réseaux de circulation et de modes de transmission de l’information aujourd’hui disparus, ils continuent aujourd’hui d’alimenter de nouvelles recherches.

Grâce à des projets comme OpenRotuli, ils deviennent peu à peu des objets de recherche interdisciplinaires, mieux décrits, mieux identifiés et plus facilement accessibles.

Mais les ambitions du projet vont plus loin que le simple recensement des collections. Il s’agit de construire des outils durables : un vocabulaire commun, des méthodes de description partagées, des bases de données ouvertes et collaboratives, et des standards de numérisation réutilisables par les bibliothèques, les archives et les chercheurs.

L’équipe développe également des outils de médiation destinés au grand public, parmi lesquels la plateforme Adno, qui permet de créer des parcours de découverte à partir des images numérisées. Ils ouvrent la voie à de nouvelles façons d’explorer les rouleaux, de comprendre leur histoire et de découvrir le travail des chercheurs, sans jamais remplacer la consultation des originaux.

Une démarche qui s’inscrit pleinement dans les principes de la science ouverte, qui vise à rendre les données et les résultats de la recherche accessibles, mais aussi à permettre au grand public de s’approprier les connaissances scientifiques. L’objectif est que ces savoirs ne restent pas confinés dans les laboratoires ou les catalogues spécialisés, mais qu’ils circulent, soient enrichis et profitent au plus grand nombre.

Derrière les questions de métadonnées, d’interopérabilité ou de numérisation se dessine une ambition plus large : permettre aux rouleaux de poursuivre leur voyage, non plus de monastère en monastère, mais entre les bibliothèques, les chercheurs et le grand public.

Faire entrer un rouleau médiéval dans le monde numérique ne consiste pas seulement à en produire une image. C’est apprendre à décrire sa matérialité, à organiser les connaissances qu’il porte et à les transmettre pour qu’elles continuent, elles aussi, de circuler.

Une perspective qui résonne particulièrement avec les motivations d’Éléonore Venturelli :

« Je me demande parfois si ce sont les rouleaux médiévaux qui me passionnent, ou plutôt les hommes et les femmes du passé qui les ont produits et utilisés. Sans doute les deux. »

Six siècles après avoir circulé au sein des réseaux monastiques pour transmettre des prières, des nouvelles et des souvenirs, les rouleaux médiévaux poursuivent leur voyage sous une autre forme. Conservés avec soin dans les bibliothèques patrimoniales, ils continuent de révéler de nouvelles facettes de leur histoire grâce au regard croisé des historiens, des conservateurs, des chimistes, et des spécialistes du numérique.

Ainsi se poursuit le voyage des rouleaux, des monastères du Moyen Âge aux bibliothèques numériques du XXIᵉ siècle.

Le rouleau des morts est consultable ici : https://portail.mediatheque-jacques-chirac.fr/iguana/www.main.cls?surl=search&p=*#recordId=2.2354

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